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| Films - Têtes brûlées
TÊTES BRÛLEES
Vo. Air mail
Année : 1932 Pays : USA Durée : 1 h 23 min. Genre : Drame Noir et blanc
Réalisateur : John FORD Scénario : Dale van EMERY, Frank WEAD
Acteurs principaux : Ralph BELLAMY (Mike Miller), Gloria STUART (Ruth Barnes), Pat O’BRIEN (Duke Talbot), Slim SUMMERVILLE (« Slim » McCune), Lilian BOND ( Irene Wilkins), Russell HOPTON ( « Dizzy » Wilkins), David LANDAU ( Pop), Leslie FENTON (Tony Dressel).
Photographie : Karl FREUND Prise de vues aériennes : Elmer DYER Effets spéciaux : John P. FULTON Producteur : Carl LAEMMLE Jr Distribution : Universal Pictures
Notre avis :
Le service postal des États-Unis a joué un rôle crucial dans le développement de l’aviation dans ce vaste pays. Après la Première Guerre mondiale, on en était encore aux tâtonnements et on explorait de nouvelles techniques comme le vol de nuit, le vol aux instruments. Les pilotes du courrier étaient le plus souvent des têtes brûlées, dont certains devinrent des héros comme Charles Lindbergh, Beirne Lay Jr. et Robert L. Scott. Les scénaristes s‘emparèrent aussitôt de cette véritable saga pour créer un nouveau genre de films centré sur l’aviation postale. Les films muets « Fast mail » 1922, « Air mail » 1925, la série « Snowed in » 1926, « Air legion » 1928, « The air mail pilot » 1928, prirent prétexte du transport du courrier pour offrir aux spectateurs des cascades aériennes impressionnantes. L’arrivée du film parlant ne tarit pas la veine qui est encore exploitée de nos jours (« Les Ailes du courage » 1995). Il était normal que John FORD, grand spécialiste des films d’aventures et des westerns, s’intéresse lui aussi, à ce thème. Le scénario a été écrit par son ami Frank WEAD, un ancien pilote de l’US Navy reconverti dans le métier d’écrivain. Il fut l’auteur de plus d’une trentaine de scripts dont la moitié pour des films d’aviation qui sont devenus des classiques du genre. En 1957, FORD tournera « Wings of eagle » en hommage à Frank « Spig» WEAD qui sera incarné par John WAYNE.
A Desert Airport, un petit terrain perdu en territoire indien, Mike Miller dirige une compagnie aéropostale. On vole par tous les temps, pluie, neige ou brouillard, avec toujours le risque d’un accident grave ; c’est le lot quotidien des pilotes, au désespoir de leurs épouses qui les attendent dans l’angoisse. Parmi les pilotes, Duke Talbot, un ancien as de la guerre, un mercenaire qui a baroudé en Chine, en Albanie, se distingue par sa maîtrise du vol, mais aussi par son mépris des règlements et ses fanfaronnades. A la fin de son contrat, il s’en va avec l’épouse d’un pilote qui vient de se tuer lors d’un atterrissage de nuit. Mais quand il apprend que Miller s’est écrasé en montagne et que les secours tardent, il s’envole et parvient à arracher son ancien patron à une mort certaine.
Ce film aura une grande influence sur tous les autres films d’aviation, notamment ceux ayant le courrier pour thème ; amitié virile, sens du devoir, lutte contre les éléments déchaînés ou, rédemption du pilote maudit seront des éléments présents dans de nombreux scénarios. Des scènes du film seront reprises. La scène où le pilote s’écrase à l’atterrissage alors que ses collègues au sol essaient de le guider par radio, apparaîtra dans les films de HAWKS (« Ceiling zero », « Only angels have wings »), mais sans le pilote coincé dans son cockpit que l’on doit abattre pour abréger ses souffrances. Mais ce dernier « détail » figurera dans « La Kermesse des aigles » (1974) de Roy Hill qui connaissait ses classiques. L’avion qui passe à travers les fils électriques se retrouve dans « Ceiling zero ». Le pilote qui a sauté en parachute en abandonnant ses passagers aura un sosie dans « Only angels have wings ». Comme dans « Ceiling zero », une bonne partie du film se passe dans la salle de contrôle de l’aéroport. Quant à l’arrivée acrobatique de Duke Talbot, elle rappelle celle de Tommy O’Toole/James CAGNEY dans « Le bousilleur » (1935). Dans AIR MAIL, Pat O’BRIEN joue exactement le rôle que James CAGNEY jouera plus tard dans de nombreux films d’aviation : un bon pilote, mais peu sérieux et un incorrigible cavaleur...
On remarquera en passant « Frenchie Bouquet », le pilote français du trimoteur, un homme de petite taille mais grand as de la guerre et connu pour son vol vers le Labrador. Tout le monde aura reconnu Charles Nungesser mort en 1927, lors de sa tentative de traversée de l’Atlantique nord avec François Coli, qui l’aurait mené jusqu’au Labrador, pensait-on à l’époque. Mais il était également connu aux USA pour avoir tourné en 1925 dans « The sky raider » (Le vainqueur du ciel) de Hayes HUNTER, avec Gladys WALTON et Jacqueline LOGAN.
AIR MAIL fut le premier contrat de Paul MANTZ, encore inconnu dans le petit monde des « stuntmen ». Son nom n’apparaît pas dans le générique. Le scénario prévoyait que Duke Talbot vole à travers un hangar, sur le terrain de Bishop situé au fond d’une vallée entre des montagnes culminant à 4000 mètres. Frank Clarke avait refusé cette cascade, l’estimant trop dangereuse du fait des vents particulièrement traîtres régnant sur ce terrain. MANTZ accepta, et la scène fut filmée par Elmer DYER. Le hangar n’avait pas plus de 14 mètres de large... Dans le film, on le voit traverser trois fois le hangar, une fois avec un Stearman (envergure : 10 m 60) équipé d’une caméra sous le fuselage, et deux fois avec un Travel Air (envergure : 8 m 80). Cette prouesse sera répétée dans d’autres films et deviendra la carte de visite de Paul MANTZ. Ernst Udet rééditera cette cascade avec un Klemm, en 1936, dans son film « Wunder des Fliegens ».
Ce film se distingue aussi par la place prise par les effets spéciaux dirigés par John P. FULTON. AIR MAIL fut tourné dans nouveau studio spécialement équipé pour les prises de son et les truquages. FULTON passa une semaine à voler dans la Sierra Nevada à filmer les paysages destinés aux arrières-plans. Puis il s’attaqua à la confection de maquettes de différentes tailles et inventa des dispositifs pour les faire « voler », au moyen de câbles extrêmement fins auxquelles elles étaient suspendues.
AIR MAIL est un classique incontournable, même s’il n’a pas l’intensité dramatique de « Only angels have wings ». Par contre, les scènes aériennes y sont plus longues.
Les avions du film :
Les extérieurs furent tournés à l’United Airport de Burbank ouvert en 1929, et sur le terrain de Bishop airport situé au pied de la Sierra Nevada (Californie).Western Air Express, dont le logo, une tête d’indien, a été maquillé en une tête d’aigle, fournit trois Boeing 95, des avions monoplaces avec une grande soute à courrier à l’avant. Le trimoteur Fokker 10 que l’on voit rouler au sol, la nuit, fut également prêté par cette compagnie qui en possédait tout une flotte.
MANTZ amena à Bishop un Travel Air 16-K (NC446W) avec lequel il fait du rase-motte avant de s’engouffrer dans le hangar, et son Stearman C2B (NR4099) qui, peint de la même façon, double le Travel Air. Il fournit aussi un Buhl Air Sedan, juste pour de la figuration dans un hangar.
Enfin pour figurer les recherches de Miller on utilisa des documents filmés montrant des bombardiers Curtiss B-2 en vol de formation et le décollage d’une escadrille de Boeing P-12C.
Christian Santoir
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Date de création : 29/11/2006 : 21:15
Dernière modification : 09/01/2010 : 09:07
Catégorie : Films
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Réactions à cet article
Réaction n°1 |
par CHENEVIER
le 09/07/2007 : 16:45 |
(pourquoi un pseudo; je ne me cache pas !) Excellent, cet article et bravo pour le travail très fouillé et tous les détails. Ca va me servir pour organiser une soirée avec des amis sur ce film
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